Le mariage se déroule à Kollapur, village à 3 bonnes heures de bus de Hyderabad. Bien évidemment, notre bus met 5h, et nous arrivons fatigués à Hyderabad. Nous ramenons Preethy chez elle (dernière photo précédente, la jolie brune). On se renseigne pour avoir un bus pour Nagpur pendant la nuit, impossible. Le bus suivant est à 7h du matin. On décide d’aller boire des bières, ce qui n’est pas très bien vu dans l’Andrah Pradesh. On se cache derrière le rickshaw, et on retourne à la station de bus. On pose 3 feuilles de journal par terre, je partage mon spray antimoustique et nous essayons de nous reposer.
Mes amis sont fiers d’avoir fait ça avec moi. Moi je suis très fier d’avoir fait ça avec eux !
Bon ok c’était stupide, parce qu’à 6h du matin, le bus arrive et hors de question de faire de la route dans un bus pareil. C’est un gros bus rouge, les biens vieux qui puent la chaussette. La route est trop longue, il fait beaucoup trop chaud.
On décide donc, au lever du jour, que le bus du soir nous conviendra mieux, un Volvo non climatisé (mais comme c’est un trajet de nuit, ça va). On part donc à la recherche d’un hotel pas trop cher pour finir la nuit, se laver, se poser. On galère, comme d’habitude. Comme quoi, ça ne vient pas de nous, c’est pour tout le monde pareil.

The largest bus station in the world

A Nagpur, la températue est insupportable. Il fait toujours très chaud à Delhi, la température y est désagréable. A Nagpur, c’est différent. Il fait juste « très chaud ». Plus chaud que partout ailleurs en Inde, bien souvent. Il faisait donc 46° quand nous sommes arrivés. Ca fait un choc ! Je squatte chez le frère de Parag, une colloc de 3 mecs en école d’ingé (donc en équivalent-license, pour nous).

Protection anti-chaleur
On sort quand même, au milieu de l’après midi, sous la chaleur écrasante. Mieux vaut se protéger quand on prend la moto, si on ne veut pas finir tout sec.
Nagpur, c’est vraiment bien comme ville. « Organized city », comme ils disent. Ca veut dire que les routes sont éclairées, droites et propres. Ca veut dire que quelqu’un s’occupe de gérer les choses. En gros, ça serait une ville vraiment géniale, s’il n’y faisait pas si chaud !
On bouffe midi et soir au resto, on en trouve d’ailleurs à profusion. Et tous les restos sont plein, la clientèle ne manque pas. Je dis à mes potes qu’on pourrait éviter les endroits trop chics, d’autant que j’ai du mal à payer ma part. Non pas que ce soit trop cher, mais ces imbéciles refusent à chaque fois. Bref, on se pète le bide, on mange des bons plats indiens.

Après quelques jours, direction Bhopal. Je découvre la maison de Parag, fais connaissance avec sa mère et le cousin qui vit là. On traîne avec ses potes, on fait le tour des quartiers touristiques. On visite un grand temple hindou dédié à Durga, une grande mosquée, un très beau temple Jain…

Temple Jain, Bhopal

Un des lacs de Bhopal

Je mange 2 hamburgers un soir, ça me rend malade. Après tant de bonne choses indiennes, mon estomac n’a pas supporté. Comme je me retrouve bloqué dans un rayon de 10m des toilettes, j’en profite pour finir mon projet (et éblouir le prof, ah ah), et écrire des articles.
Dont celui-ci :

Me voici donc rendu à Bhopal, capitale du Madhya Pradesh et sinistrement célèbre. En effet, vous aurez peut-être entendu parlé de la catastrophe qui s’y est déroulé en décembre 1984 : 40 Tonnes de gaz hautement toxique se sont déversées sur la ville, pendant la nuit, foudroyant un grand nombre d’habitants dans leur sommeil.
La vie a depuis repris son cours et Bhopal est fière d’être classée 5e ville indienne au niveau de la propreté. Bon j’ai fais le tour de la ville, et c’est pas encore tout à fait ça, mais au moins on trouve ici et là des poubelles. Ne riez pas, c’est pas si courant !
Ce que je remarque aujourd’hui, c’est à quel point la ville encourage ses jeunes habitants à faire des études et tenter les concours des IIT. J’ai déjà parlé de ces fameuses universités, au nombre de 6 en Inde, qui forment les meilleurs cerveaux, futurs dirigeants et politiques de l’Inde. Il y au total 5000 places pourvues, mais 200 000 étudiants tentent d’y accéder. Un taux de 2.5% que pourrait envier certains étudiants français finalement.

Ce qui m’étonne, c’est tout ce que génère ces formations haut niveau. Il suffit d’allumer la télé pour s’en rendre compte. Les chaînes locales sont recouvertes de publicités pour tel ou tel centre de formations, exhibant fièrement LE prof qui sort d’un IIT ou bien se vantant d’un exceptionnel taux de réussite (ou même d’une résidence séparée pour les filles). Cela va donc d’un Full-time residency program, 24h/24h sur le campus, aux cours du soir, méthode que suit Amit, cousin de Parag, actuellement en Terminale (enfin équivalent).
Le niveau est très bon, j’ai pu le constater : il est équivalent à un programme de prépa. Les concours pour rentrer aux IIT après bac ? Niveau concours de grandes écoles, mais sans les 2 ans de prépa donc. Chaud !

L’Inde forme des cerveaux à grande vitesse, et à grande échelle. Les cours étant dispensés en anglais, et très orientés vers les matières « concrètes » (j’entends par là maths-anglais-physique-histoire-géo, pas les trouvailles de notre gouvernement pour nous éloigner de ces matières), leur niveau d’intégration est optimale.
Outre ces publicités pour formations aux concours, on trouve les écoles formant à travailler à l’étranger : vous venez étudier chez nous, vous bosserez en Australie. La classe, non ?
Mes pubs préférées sont tout de même les passages de certification, en général en informatique et anglais : GRE, CCNA, C++, J2E… Partout on encourage les jeunes à venir se former, de façon automatique. Du par coeur, du début jusqu’à la fin, sans la moindre réfléxion à apporter.

Car c’est bien là le problème, et beaucoup le reconnaissent : ces jeunes ne sont pas formés à réfléchir. Ils ne sont pas formés à faire preuve d’initiative et à s’adapter, mais à réciter ce qu’ils auront appris, avec une volonté dont on devrait s’inspirer.
J’ai visité des bureaux où travaillent des ingénieurs en masse. Par cela je veux dire une très grande quantité d’ingénieurs. Ils sont formés à une tache précise à leur arrivée dans l’entreprise, et répétent ces taches sans trop se poser de questions. Je ne dis pas que ce qu’ils font est facile, et il ne faudrait pas non plus généraliser. Je ne sais pas encore si je rentre dans la caricature quand j’évoque ainsi ces cerveaux, je le saurais si je travaillais pour une grosse boîte indienne. Il est évident qu’il y a parmi eux des créateurs d’entreprise, des managers de hauts rangs, etc.
On reconnait cependant un intérêt certain pour les entreprises telles que Cap Gemini, qui recrutent des ingénieurs en masse, à venir se développer en Inde. Dans 2 ans, cette boîte, qui sent bon la baguette et le camembert, comptera autant d’ingénieurs indiens que français. Salaire espéré pour un équivalent bac + 5 ? Un package de 2 à 5 lakhs par an selon le niveau. 3.5k€ à 8k€ annuel, pour des ingénieurs plus dociles que les français. Leurs augmentations de salaire sont négociées dés le recrutement, histoire de limiter les ambitions.

Alors oui, l’Inde forme les cerveaux de demain, c’est indéniable. Et ils deviennent même super bons, j’ai un peu honte à coté. Mais c’est tant la culture que la formation qui les empêchent d’aller plus loin, et c’est bien dommage. Ces cerveaux pourraient faire de l’Inde un très grand pays, résoudre les problèmes de pauvreté, pollution et corruption qui font de l’Inde encore un pays en voie de développement. C’est ce contrast très fort entre formations très haut niveau et misère omni-présente qui mènent à se poser des questions…