Dans la Delhi où j’ai grandi, tout arrivait. Des femmes mariées s’amourachaient de jeunes filles pubères, des garçons grimpaient aux tuyaux de descente d’eau pour frayer avec l’épouse de leur voisin, et des étudiantes suçaient leur prof de sciences au labo. Mais personne n’en parlait.
[…]
Je retournais donc auprès des femmes, bien décidée à m’amuser. Elles étaient toutes vêtues de saris, leur ventre large s’amassant autour des plis de leur taille, leur dos informe parfaitement mis en évidence. Je les imaginai sans leurs petits corsages moulants. Si le système de classification est tellement précis, c’est, entre autres, que les critères sont toujours établis sous l’impulsion du moment et peuvent être adaptés selon l’occasion. Chaque situation génère sa classification particulière. Par exemple, la question la plus évidente qu’il convient de se poser lorsque l’on dégrafe le corsage d’une indienne, est de savoir si elle s’épile sous les bras. Il en est de moins captivantes, du genre quel est le style de son soutien-gorge. Cette seconde question n’est pas inintéressante en soi, mais à l’époque, il n’y avait qu’une entreprise fabriquant de la lingerie de qualité, et elle n’avait que cinq modèles à son actif.
Je pouvais classer la plupart des femmes au premier coup d’oeil. […] Si une femme ne s’épile pas sous les bras, elle est terriblement vieux jeu, ou terriblement postmoderne.

babyji de abha Dawesar

Ainsi commence Babyji, de Abha Dawesar. Cette auteur née à Delhi est diplomée d’Harvard, a travaillé dans la finance à New York avant de se consacrer à l’écriture. Elle vit maintenant entre Delhi et Paris et a été élue par India Today comme l’une des 25 personnalités de l’année 2007.

« Un roman initiatique délicieusement subversif » dont je ne manquerai pas de faire la critique (à mon niveau) une fois que je l’aurais terminé !

Si vous l’avez lu, qu’en avez-vous pensé ? Et cet extrait, convaincant non ?