{"id":20,"date":"2006-07-13T14:13:57","date_gmt":"2006-07-13T14:13:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.djoh.net\/wordpress\/?p=20"},"modified":"2006-07-13T14:13:57","modified_gmt":"2006-07-13T14:13:57","slug":"crime-contre-l-humanite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/crime-contre-l-humanite\/","title":{"rendered":"Crime contre l&#8217;Humanit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Suketu Mehta est l&#8217;auteur de &quot;La Cit&eacute; des Exc&egrave;s : Bombay perdue et retrouv&eacute;e&quot;, parue en Septembre 2004. Extraits de CI, n&deg;750, 17 mars 2005. <\/p>\n<p>&quot;Bombay a beau vivre &agrave; un rythme tr&eacute;pidant, ce n&#8217;est pas pour autant une ville inhumaine. Il suffit d&#8217;avoir pris une r&eacute;servation dans un train indien pour avoir &eacute;t&eacute; invit&eacute; &agrave; se serrer. M&ecirc;me si vous &ecirc;tes &agrave; votre place et que vous ayez atteint avec vos voisins le maximum autoris&eacute;, &agrave; savoir trois personnes par si&egrave;ge, un troisi&egrave;me, puis une quatri&egrave;me personne ne manqueront pas de se pencher au dessus de vous en disant : &quot;Hep ! Faites de la place&quot;. Vous vous executez. Vous faites de la place. Bombay est une ville surpeupl&eacute;e, on y a l&#8217;habitude des foules.<\/p>\n<p>[&#8230;] Je suis dans le train rapide de Virar [dans la banlieue nord de Bombay], en fin de journ&eacute;e, &agrave; l&#8217;heure de pointe. C&#8217;est sans doute la ligne la plus bond&eacute;e de toute la ville. Je tiens &agrave; deux mains le haut de l&#8217;encadrement de la porte ouverte, le bout de mes pieds &eacute;tant la seule autre partie de mon individu &agrave; &ecirc;tre encore en contact avec le train. Le reste de mon corps est en dehors du train lanc&eacute; &agrave; vive allure. La voiture est bond&eacute;e. J&#8217;ai peur qu&#8217;on me poursse vers l&#8217;ext&eacute;rieur, mais l&#8217;un des passagers me rassure : &quot;Ne vous inqui&eacute;tez pas, s&#8217;ils vous poussent dehors, ils vous font aussi rentrer&quot;.<\/p>\n<p>Si vous n&#8217;avez pas l&#8217;habitude des trains de Bombay, quand vous montez, mettons que vous avez l&#8217;intention de descendre &agrave; Dadar [au nord-est de la ville], il faut que vous demandiez &quot;Dadar ? Dadar ?&quot; On vous dirigera alors vers l&#8217;endroit pr&eacute;cis o&ugrave; vous devez vous tenir pour pouvoir d&eacute;barquer &agrave; votre gare. Les quais ne sont jamais du m&ecirc;me c&ocirc;t&eacute; du train. Il n&#8217;y a pas de portes, juste deux &eacute;normes ouvertures de part et d&#8217;autres du compartiment. R&eacute;sultat : quand votre arr&ecirc;t est en vue, vous devez vous tenir pr&ecirc;t &agrave; sauter du train bien avant l&#8217;arr&ecirc;t complet parce que, si vous attendez qu&#8217;il s&#8217;arr&ecirc;te, vous allez &ecirc;tre repouss&eacute; &agrave; l&#8217;int&eacute;rieur par le flot de ceux qui montent.<\/p>\n<p>Le matin, une fois qu&#8217;il entre en gare de Borivali [&eacute;galement au nord-est], son premier arr&ecirc;t, le train est d&eacute;j&agrave; archiplein. &quot;On aura du mal &agrave; s&#8217;asseoir ?&quot; je demande. Girish [le guide de l&#8217;auteur] me regarde, se demandant si je suis compl&egrave;tement idiot. &quot;Non, &agrave; monter&quot;.<\/p>\n<p>Si vous voyagez dans l&#8217;un de ces trains en direction de la &quot;ville dor&eacute;e&quot;, vous pourrez mesurer avec exactitude la temp&eacute;rature du corps humain alors qu&#8217;il se love autour de vous et s&#8217;ajuste &agrave; chaque courbe de votre corps. Jamais &eacute;treinte amoureuse n&#8217;aura &eacute;t&eacute; aussi intense.<\/p>\n<p>[&#8230;] Si un matin &agrave; Bombay, vous &ecirc;tes en retard et que vous arriviez &agrave; la gare au moment o&ugrave; votre train quitte le quai, il vous suffit de courir jusqu&#8217;aux compartiments bond&eacute;s : vous trouverez de nombreuses mains tendues, se d&eacute;ployant du train comme des p&eacute;tales de fleurs, pr&ecirc;tes &agrave; vous hisser &agrave; bord. Si vous courez le long du train, quelqu&#8217;un finira bien par vous faire monter &agrave; bord et un espace minuscule vous sera conc&eacute;d&eacute; sur le marchepied. A vous de vous d&eacute;brouiller ensuite. Il vous faudra sans doute rester cramponn&eacute; &agrave; l&#8217;encadrement de la porte par le bout des doigts et faire attention &agrave; ne pas trop vous pencher en arri&egrave;re si vous ne voulez pas &ecirc;tre d&eacute;capit&eacute; par un poteau plac&eacute; trop pr&egrave;s des rails. Mais revenons sur ce qui vient de se passer. Vos compagnons de voyage, d&eacute;j&agrave; entass&eacute;s, plus serr&eacute;s que la loi du transport du b&eacute;tail ne l&#8217;autorise, leurs chemises tremp&eacute;es de sueur dans les voitures mal ventil&eacute;es, et ce depuis des heures, r&eacute;ussissent encore &agrave; &eacute;prouver de l&#8217;empathie pour vous. Ils savent que votre patron va vous passer un savon ou retenir votre retard sur votre paie si vous ratez le train et ils sont pr&ecirc;ts &agrave; vous faire une place alors qu&#8217;il n&#8217;y en a pas et ainsi accepter de voyager avec une personne suppl&eacute;mentaire. Au moment o&ugrave; ils vous saisissent la main, ils ignorent si cette main qui se tend vers eux appartient &agrave; un hindou, &agrave; un musulman ou &agrave; un chr&eacute;tien, &agrave; un brahmane ou &agrave; un intouchable, ou encore si vous &ecirc;tes n&eacute; dans cette ville ou si vous venez juste d&#8217;arriver ce matin, si vous vivez dans le quartier chic de Malabar Hill, &agrave; New York ou dans un bidonville de la banlieue nord ; si vous &ecirc;tes de Bombay ou d&#8217;ailleurs. Tout ce qu&#8217;ils savent, c&#8217;est que vous essayez d&#8217;aller &agrave; Bombay, &ccedil;a leur suffit. Montez, disent-ils, on va se serrer. <\/p>\n<p align=\"right\"><b>Suketu Mehta<\/b><\/p>\n<p align=\"left\">En soutien aux familles indiennes qui ont perdu un proche dans les attentats de Bombay. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suketu Mehta est l&#8217;auteur de &quot;La Cit&eacute; des Exc&egrave;s : Bombay perdue et retrouv&eacute;e&quot;, parue en Septembre 2004. Extraits de CI, n&deg;750, 17 mars 2005. &quot;Bombay a beau vivre &agrave; un rythme tr&eacute;pidant, ce n&#8217;est pas pour autant une ville inhumaine. Il suffit d&#8217;avoir pris une r&eacute;servation dans un train indien pour avoir &eacute;t&eacute; invit&eacute; <a href=\"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/crime-contre-l-humanite\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-20","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-vie-en-inde"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.djoh.net\/inde\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}